1Le système fiscal suisse à trois niveaux
La souveraineté fiscale est partagée entre la Confédération, les cantons et les communes. La Confédération ne peut prélever que les impôts que la Constitution lui attribue (IFD, TVA, impôt anticipé…) ; les cantons disposent d'une compétence générale résiduelle.
La LHID (loi d'harmonisation) impose aux cantons une harmonisation formelle (assiette, procédure, délais) mais PAS matérielle : les barèmes et taux restent cantonaux — d'où la concurrence fiscale.
Impôts directs (sur le revenu, la fortune, le bénéfice) vs indirects (TVA, droits de mutation). Impôts périodiques vs uniques.
- ›L'immeuble est rattaché fiscalement à son lieu de situation : un contribuable vaudois propriétaire à Genève est imposé à Genève sur cet immeuble (répartition intercantonale)
2L'imposition du revenu immobilier
Pour le propriétaire bailleur : les loyers encaissés sont un revenu imposable (IFD + impôts cantonaux/communaux).
Pour le propriétaire occupant : la valeur locative — loyer théorique du logement occupé par son propriétaire — est ajoutée au revenu imposable. Elle est fixée par le canton, généralement entre 60 et 70 % du loyer de marché. Sa suppression a été adoptée (réforme fédérale) mais son entrée en vigueur dépend de la mise en œuvre dans les cantons.
Déductions liées à l'immeuble :
- ›Intérêts hypothécaires (dettes privées, dans les limites légales)
- ›Frais d'entretien : au choix chaque année, frais effectifs OU déduction forfaitaire (souvent 10 % de la valeur locative/loyers si l'immeuble a ≤ 10 ans, 20 % au-delà)
- ›Sont déductibles les frais qui maintiennent la valeur (réparations, remplacements à l'identique), PAS ceux qui l'augmentent (plus-value : agrandissement, standard supérieur) — la distinction entretien/plus-value est LE point d'examen classique
- ›Les investissements d'économie d'énergie sont assimilés à l'entretien (déductibles) au niveau fédéral et dans la plupart des cantons
3Impôt sur la fortune et impôt foncier
L'impôt sur la fortune (cantonal/communal uniquement — pas d'impôt fédéral sur la fortune) frappe la fortune nette : l'immeuble est estimé à sa valeur fiscale, les dettes hypothécaires sont déductibles.
L'impôt foncier (ou impôt immobilier complémentaire) : impôt cantonal/communal périodique perçu dans certains cantons sur la valeur brute de l'immeuble, sans déduction des dettes (p. ex. Genève : env. 1 ‰ ; Vaud : impôt foncier communal). Il frappe l'objet, indépendamment de la situation du propriétaire.
4L'impôt sur les gains immobiliers
Impôt cantonal (parfois communal) frappant le gain réalisé lors de l'aliénation d'un immeuble : gain = prix de vente − (prix d'acquisition + impenses + frais).
Les impenses sont les dépenses de plus-value (travaux augmentant la valeur) — celles précisément qui n'ont PAS été déduites du revenu. Logique du système : une dépense est déduite soit du revenu (entretien), soit du gain immobilier (plus-value), jamais les deux.
Le taux dépend de la durée de possession : dégressif (longue détention = taux réduit), avec surtaxe fréquente pour les reventes rapides (lutte contre la spéculation).
Report d'imposition (pas d'exonération !) dans certains cas : remploi du produit pour acquérir une résidence principale de remplacement en Suisse, succession/avancement d'hoirie, transferts entre époux. L'impôt sera dû lors de la prochaine aliénation sans report.
Deux systèmes cantonaux : moniste (le gain immobilier des professionnels de l'immobilier passe aussi par cet impôt — ZH, BE…) et dualiste (le gain professionnel est imposé comme revenu/bénéfice ordinaire — GE, VD…).
5Droits de mutation et impôt anticipé
Les droits de mutation : impôt indirect cantonal sur le transfert de propriété immobilière, calculé sur le prix de vente (GE : 3 % + émoluments RF ; VD : 2,2 % cantonal + part communale éventuelle ; certains cantons y ont renoncé, comme ZH). Usuellement à charge de l'acquéreur ; il doit être financé en fonds propres.
L'impôt anticipé (35 %) : impôt de garantie prélevé à la source sur les rendements de capitaux mobiliers (intérêts, dividendes) — remboursé au contribuable qui déclare correctement. Touche le gérant pour les intérêts des comptes d'épargne des garanties de loyer notamment.
6Ce que le gérant doit savoir faire
- ›Préparer pour le propriétaire le décompte annuel des rendements locatifs et des charges déductibles (état locatif, frais d'entretien détaillés, honoraires de gérance — déductibles)
- ›Qualifier chaque facture de travaux : entretien (déductible du revenu) ou plus-value (impense au gain immobilier) — documenter pour les deux échéances fiscales
- ›Anticiper les conséquences fiscales d'une rénovation lourde ou d'une vente (impôt sur les gains, droits de mutation)
- ›Attention à la pratique dite du marchand de biens : celui qui achète/vend des immeubles de manière répétée et professionnelle voit ses gains requalifiés en revenu d'activité lucrative indépendante (AVS en sus !)